COULEUR

 

« L’essence originale de la couleur est une résonance de rêve, une lumière devenue musique. » Johannes Itten

Ma démarche est basée sur ma fascination pour la couleur dans sa dimension vibratoire et lumineuse. Cette démarche s’articule autour de deux voies d’exploration diamétralement opposées et qui pourtant se rejoignent. D’une part une recherche systématique basée sur les théories de la couleur, notamment, les cercles chromatiques et les nuanciers et d’autre part une exploration plus libre et intuitive.

Ma recherche prend ainsi différentes formes.

 

1. Etude chromatique : des « monochromes en 12 couleurs »

 

Cette série est basée sur l’exploration systématique du cercle chromatique en 12 parties et prend la forme de tableaux réalisés deux par deux. Une même couleur de départ (par exemple le jaune) est d’abord appliquée et lui succèdent des fines couches transparentes de toutes les autres couleurs dans l’ordre du sens horaire du parcours du cercle pour un des tableaux et dans l’ordre du sens anti-horaire pour l’autre. Une autre paire est ensuite réalisée en choisissant comme départ la couleur suivante sur le cercle (dans notre exemple, le jaune-orangé) et ainsi de suite jusqu’à l’obtention de douze paires de tableaux. Chacun des monochromes est ainsi composé de toutes les couleurs, de toutes les composantes de la lumière.

Les différentes paires de monochromes sont réalisées dans une diversité de formats et de qualités (recherche sur les fonds, les médiums, exploration de la matité et de la brillance, recherche de différentes manières de dévoiler les dessous…) dialoguant les uns avec les autres et créant une sorte de grammaire et de vocabulaire essentiels de la peinture

 

2. Déclinaisons chromatiques

 

Cette série de 24 dessins résultent de la même étude systématique du cercle chromatique – la superposition giratoire des différentes couleurs – mais cette fois avec les moyens du dessin : papier et crayons de couleur.

L’utilisation d’un papier à grain permet de créer une trame qui accroche la couleur de façon non uniforme. Les couleurs croisées à chaque couche donnent une impression de tissage intime, chacune d’entre-elles apparaissant par-ci, par-là dans les « mailles ».

Les couleurs sont disposées au sein d’une forme circulaire qui peut faire penser à un spot de lumière, à la lune et aux astres, à la symbolique de l’univers ou de son monde intérieur (symbolique du cercle dans les mandalas, les roses des cathédrales gothiques), à une unité formée de toutes les composantes de la diversité intimement tissées et en constante évolution

 

Couleurs et lumière : les «modulations chromatiques»

 

Légèreté de couleurs aériennes et éthérées

Décomposition de la lumière : arc-en-ciel, irisation, aspect ondulatoire, images rémanentes, halos, éclats…

Les modulations chromatiques s’inspirent des différents phénomènes lumineux et sont réalisés en utilisant de façon systématique les 24 gradations de couleur d’un cercle chromatique en 24 parts du type Itten et en même temps de façon très libre et spontanée. Chaque oeuvre comporte ainsi la totalité des couleurs comme si une vraie beauté ne pouvait être créée qu’à la condition que chaque composante ait sa place et sa nécessité. Couleurs tour à tour mouvantes, se fondant, se recomposant en une infinité de teintes aux limites indistinctes ou prenant un caractère plus graphique dans des formes organiques, ondulantes ou poétiques.

Ces «modulations chromatiques» sont réalisées au crayon de couleur sur papier. En associant ce médium cher aux petits enfants au grain particulier du papier, j’aimerais parvenir à créer quelque chose de vibrant, vivant, lumineux, respirant, éthéré et cosmique qui aurait le pouvoir magique de nous reconnecter avec nos rêves les plus enfouis et l’essence lumineuse de notre être.

 

Etudes de couleur : jaune

 

Ces études de couleur sont quelque chose d’infiniment simple dont l’idée m’est venue par la fascination que je porte aux nuanciers.

Je collecte des couleurs sur des végétaux où la couleur jaune est présente. Je fais l’exercice de reproduire le plus fidèlement possible les différentes teintes d’un végétal de façon à obtenir une sorte de nuancier. J’associe ensuite différentes couleurs d’une même plante que je superpose sur des petits formats en laissant chaque couleur apparaître sur les bords. Cela pose des questionnements assez classiques de la théorie des couleurs : Comment associer des couleurs ? Quels rapports de couleurs ?

Cela dans une nécessité, essentielle pour moi, de m’approprier des couleurs de plus en plus variées et subtiles, d’encoder par l’expérience de nouvelles données dans mon ressenti physique, d’affiner ma vision, de prendre le temps de vibrer intérieurement avec chacune des nuances infinies de la nature.

 

 


 

 

«  Stéphanie Defays explore de façon systématique et symbolique les possibilités de la couleur, recherche d’intériorité mêlée de méditation et de spiritualité. Sur les traces de Claude Monet, de Mark Rothko ou de Barnett Newman, elle s’émancipe de ces influences respectables pour développer un travail de la couleur-lumière offrant toujours des résultats singuliers, graphiques et poétiques. »

André Delalleau in Catalogue Masters Salon 2015

 

 


 

 

Exposition à la Maison Renaissance de la société libre d’Emulation

du 8 novembre au 15 décembre 2018

« La vie est probablement ronde » Van Gogh

«  Les images de la rondeur pleine nous aident à nous rassembler sur nous-mêmes, à nous donner à nous-mêmes une première constitution, à affirmer notre être intimement, par le dedans. Car du vécu du dedans, sans extériorité, l’être ne saurait être que rond. » Gaston Bachelard, La poétique de l’espace, 1957.

Dans ma bulle, voyageant au milieu de toutes ces irisations changeantes, je rêve d’une vie idéale faite de lumière et de beauté. L’harmonie y est la règle, la norme. Bercée de paix, j’ose m’abandonner à la vie. Protégée par cet écran illusoire, j’ose la confiance. Repliée, je regarde la vie s’écouler de loin, j’en perçois des sensations tamisées. Sans protection serais-je capable de vivre dans ce monde vaste et bruyant ? Sans mes rêves et la puissance de mon imaginaire qui embellit ce monde des couleurs chatoyantes d’un conte de fées, serais-je capable d’aimer un monde brut et cru ? Parviendrais-je à faire danser l’ombre et la lumière ?

Cosmogonies

«  En face d’un monde réel, on peut découvrir en soi-même l’être du souci. Alors on est jeté dans le monde, livré à l’inhumanité du monde, à la négativité du monde, le monde est alors le néant de l’humain. »

« La rêverie poétique est une rêverie cosmique. Elle est une ouverture à un monde beau, à des mondes beaux. »

«  Et très précisément, dans la rêverie cosmique, l’univers reçoit une unité de beauté. » Gaston Bachelard, La poétique de la rêverie, 1960.

Sous les arbres de la forêt, au milieu des flaques de lumière dansantes, assise dans la mousse, les pieds nus posés sur l’humus, je me connecte à l’instant… J’abandonne ma « tête », si souvent en ébullition… Hors de ces bulles moussantes et cérébrales, j’écoute le silence profond de la terre… je récolte les couleurs des plantes… Oubliant mon identité, je suis… Je rêve d’un monde poétique et cosmique… Je touche aux étoiles et à la terre… Je rêve de couleurs, de beauté et d’harmonie dans un instant d’éternité… Je ressens enfin cette vibration légère qui émane de mon être, cette aura impalpable et vivante…

Je reviens sur terre et je rêve que toutes nos bulles mentales explosent et que nos noyaux, nos vibrations colorées essentielles, s’unissent dans un grand élan de paix et de gratitude.

Alors peut-être que la création d’un « uni-vers » ne sera plus un mythe.